Faites-vous la cour !

Par Frédérique TRONSONPublié le 1 mars 20180

J’ai eu la chance d’être malheureuse en amour ! Au delà de l’accroche provocatrice, savez-vous en quoi cela fut une chance pour moi ? Parce que les blessures vécues au sein de mes relations, les temps de deuil après les ruptures, et les périodes de célibat à répétition m’ont permis d’apprendre ce qu’était l’amour de moi-même. Si j’avais été tôt comblée dans ma vie sentimentale, j’aurais probablement continué d’évoluer avec la croyance répandue depuis nos chers contes de fées de l’enfance -et relayée ensuite par Hollywood- que la source d’amour se trouve exclusivement à l’extérieur de soi.

Que nous racontent les contes de fées ? C’est l’histoire d’une pauvre fille en haillons, au cœur bon, mais au karma hostile, qui subit la cruauté du destin lui arrachant brutalement ses parents aimants, et la confrontant à la perversité de sa marâtre au cœur sec. Alors elle rêve au prince charmant des journées durant, et loi d’attraction oblige, un beau jour, il finit par se pointer sur son fier destrier blanc. Là, le bellâtre aristocrate kidnappe notre orpheline et la promeut princesse puis reine du royaume. L’existence devient alors formidable : vie de château, robes magnifiques, joailleries luxueuses, buffets à volonté et bals tous les samedis soirs, sans compter les marmots qui devraient finir de combler la belle. Fin de l’histoire. Et dans le réel, le prince se casse avec la meilleure amie, la secrétaire ou la dentiste et c’est le désenchantement.

Il y a également la version judéo-chrétienne : « Oublie-toi ! Donne tout aux autres ! Pratique le don sacrificiel jusqu’à tes dernières forces, et tu gagneras ton paradis, (et si tu as de la chance, la reconnaissance de tes pairs). » Le burn-out puise ses racines dans ce conditionnement millénaire.

Dans mon cabinet de psychothérapie, j’accompagne tous les jours des femmes et des hommes qui ne s’aiment pas et qui ne se connaissent pas. On peut vivre une vie entière, à côté de soi. En jouant le pantin de papa et maman. Je suis un avocat, comme papa voulait, j’ai la grande maison, la belle épouse, les gosses qui, si possible travaillent bien à l’école, et la grosse caisse, je pars en vacances à l’étranger trois fois l’année, j’ai même des maîtresses, mais je suis malheureux.

Pas moyen de faire l’économie de cette rencontre pour le bonheur ! La plus importante de votre vie. Ce n’est pas dehors que cela se passe. C’est dedans ! Votre plus belle histoire d’amour, c’est vous !

Alors là, on rentre dans le vif du sujet et j’aborde le concept fumeux, et en vogue dans le développement personnel, de l’amour de soi. MAIS COMMENT ON FAIT POUR S’AIMER ??? ÇA VEUT DIRE QUOI ? PAR OÙ JE COMMENCE ?

Il y a plein de déclinaisons à l’amour de soi. Tout d’abord, rappelez-vous… Quand vous étiez petit bébé, votre maman ou votre papa s’occupait de répondre à vos besoins. Ils vous observaient attentivement et faisaient des hypothèses pour interpréter vos pleurs. Peut-être a-t-il faim ? Ou est-il temps de lui changer sa couche ? Peut-être a-t-il besoin de câlins et de réassurance ? Peut-être est-il bon de le stimuler par un jeu ou une sortie ? Et votre parent mettait à exécution son plan et observait les effets. Les pleurs se sont arrêtés ? Bonne pioche ! Les pleurs continuent ? Alors l’exploration se poursuit.

S’aimer, cela commence par être attentif à soi. C’est répondre à ses besoins vitaux. Nos parents ont fait le job -plus ou moins bien- mais ce n’est plus eux qui vont nous dire de nous coucher quand nous sommes fatigués ou de manger équilibré. S’aimer, c’est écouter son corps, traduire ses signaux et poser les actions qui prennent soin de soi. Ranger toute la maison chaque soir après la journée de travail, préparer à manger, s’occuper des enfants et de toute l’intendance seule (la femme est particulièrement concernée), vouloir être sur tous les fronts jusqu’à l’épuisement, est une violence que l’on se fait à soi. Vous avez repris le flambeau de la responsabilité de votre personne. Est-ce si important que les vêtements des petits soient repassés ? L’aspirateur peut-il attendre ? Pouvez-vous alléger votre quotidien ? S’aimer, c’est être une bonne maman, un bon papa pour soi. Se mettre à l’écoute de soi : le corps est une boussole qui n’a de cesse de nous informer de la juste action à poser pour créer l’équilibre et la santé dans notre vie. Quand vous rêvez d’une balade à la mer mais que vous vous la refusez parce que vous n’avez pas le temps, vous passez à côté de cette guidance interne qui sait comment rétablir l’énergie en vous. Ce désir, c’est la prescription de votre âme pour se régénérer. Cessez d’ignorer cette sagesse intérieure qui veille sur vous et vous conseille instant après instant, via des images, des flashs, des envies, des désirs, des rêves…

Et si j’allais à la rencontre du mystère que je suis ?

S’aimer, c’est aussi se faire la cour. Oui ! Se faire la cour ! Quand on est attiré par une personne, c’est souvent d’abord physique, voire énergétique. Nous sommes intrigués, séduits, nous avons envie d’en savoir plus sur l’autre. Découvrir l’autre, connaître ses goûts, ses petites habitudes, ses plaisirs, ce qui l’anime… Nous sommes captivés et nous voulons éclairer le mystère qui entoure cet être fascinant. Et bien, faisons la même chose avec nous-même ! Cela ne coule pas de source d’identifier nos désirs profonds, nos sources de joie, nos préférences, nos valeurs… Cela exige une attention à soi. Qu’est-ce qui me rend heureux(se), Qu’est-ce qui me rend vivant(e) ? Suis-je vraiment présent(e) à moi-même dans cet instant que je vis ? Et si j’allais à la rencontre du mystère que je suis ? Qu’aime l’esprit qu’abrite et qui anime mon corps ? Qu’est-ce qui le réjouit, l’amuse, le comble ? Je suis multiple. Je suis la conscience qui va à la rencontre de l’esprit qui appelle son éveil. Je suis la conscience qui se libère des quêtes illusoires de l’ego embrigadé par les conditionnements socio-culturels.

Et si, en réalité, l’amour était partout autour de moi ? Dans la feuille d’arbre qui tombe, dans le chant de l’oiseau, dans la douceur de ce plaid qui recouvre mes jambes pendant que j’écris, dans le regard de mon chien, dans la brise qui caresse mon visage, dans les pages du livre qui me parlent, dans l’étoile qui scintille au firmament pour moi… Si j’apprenais à regarder ma vie et tout mon environnement comme un immense cadeau d’amour fait à ma personne et renouvelé en permanence ? Une déclaration d’amour de la Vie à mon Être. Et si l’amour était déjà en moi ? Fermer les yeux, écouter ma respiration, faire taire le mental, et rencontrer le plein en moi. Le plein de joie, le plein de paix, le plein d’amour. Tout est là. Depuis toujours. Mon ego s’est perdu dans la quête incessante d’un bonheur à trouver dehors. Et il est déjà là, dedans. Je vais vous faire une confidence. Quand je m’installe chaque matin pour ma méditation, j’ai l’impression de me préparer pour un tête à tête amoureux. Je sais que l’amour sera au rendez-vous. Immanquablement.