Le cartographe et l’architecte

Par Olivier CLERCPublié le 1 janvier 20180

Le mental humain possède deux fonctions complémentaires qu’on peut comparer à ces deux métiers que sont le cartographe et l’architecte.

femme à une fenêtre - momentum

Le cartographe observe la réalité matérielle et il en fait une reproduction fidèle sur le papier, en deux dimensions. De manière analogue, notre mental est capable d’observer, d’étudier, d’analyser la réalité, et de s’en faire des représentations mentales correspondantes. Nous avons tous dans la tête des « cartes » de l’état du monde actuel, au plan économique, social, politique, etc.
La cartographie, c’est le passage d’une réalité concrète à une représentation abstraite.

L’architecture, c’est l’inverse.
L’architecte, en effet, trace des plans qui sont les germes de ce que sera la réalité matérielle de demain. La maison, le monument ou l’immeuble qu’il trace en deux dimensions deviendront d’ici quelques mois ou années des édifices concrets, en trois dimensions. Et là encore, par analogie, notre mental est capable d’élaborer des projets, de visualiser la vie ou la réalité que nous voulons créer, avant de lui donner forme concrète, matérielle.

homme devant des rouages dessinés à la craie - momentum

De ces deux fonctions – le cartographe et l’architecte – laquelle prédomine en nous ?

C’est une question intéressante à se poser.
Si c’est le cartographe, je passe mon temps à m’informer, à absorber dans ma tête des observations, analyses et études sur le monde tel qu’il est actuellement – des cartes, plus ou moins exactes – et c’est donc cette réalité qui détermine mes pensées. Mais la réalité matérielle, c’est déjà le passé : c’est la cristallisation de l’histoire, c’est la matérialisation des pensées, sentiments et projets des générations précédentes. Quand je laisse le cartographe prédominer en moi, c’est donc le passé qui détermine mon présent et qui conditionne mon avenir.
A l’inverse, si je mets l’accent sur l’architecte en moi, je crée par la pensée les plans de l’avenir auquel j’aspire, à la fois pour moi et pour la société dont je fais partie. Je me projette dans l’avenir. J’utilise mon pouvoir présent pour tracer les lignes que je souhaite suivre, pour esquisser les réalisations personnelles et collectives que je désire voir prendre forme dans le futur.

L’architecte sème les graines de l’avenir ; le cartographe fait la récolte du passé.

Si nous voulons utiliser au mieux le formidable pouvoir créateur qui est le nôtre, ce n’est pas en saturant nos méninges d’infos sur l’état du monde actuel, assorties de mille analyses pessimistes, que nous allons pouvoir forger mentalement et nourrir de tout notre cœur la vision d’un monde meilleur, qui déterminera ce que deviendra la société. Notre mental a déjà plus de relevés topographiques qu’il ne nous faut, il est saturé de cartes de toutes les échelles possibles. Laissons donc le cartographe prendre des vacances bien méritées. Diminuons le flot d’infos qui entre en nous et utilisons l’espace ainsi libéré pour consacrer chaque jour un peu de temps à dessiner mentalement l’atlas du monde où nous rêvons de vivre. Nourrissons ces visions de toute la force de nos sentiments. Envoyons-les dans ce que Deepak Chopra nomme le « champ des possibles ». Semons-les dans l’univers. L’avenir appartient aux architectes, pas aux cartographes.
Le monde actuel n’est que la matérialisation des graines semées dans le passé. Concentrons-nous sur celles que nous voulons semer aujourd’hui et récolter demain, même s’il nous faut encore pour quelque temps « manger », c’est-à-dire récolter et assumer ce qui a été mis en terre dans les décennies précédentes.
Ne laissons pas les semences et cultures d’hier se reproduire automatiquement demain. Ne laissons pas le cartographe en nous devenir l’architecte inconscient d’un futur dont nous ne voulons pas. Utilisons notre pouvoir de rêver, d’imaginer, de créer par la pensée ce qui – si, comme le chantait Lennon, nous sommes assez nombreux à le rêver – deviendra effectivement le monde meilleur de demain.
Les infos, c’est la carte, c’est déjà le passé.
Les rêves, c’est le plan, c’est le germe de l’avenir.